Imbécile Heureux !

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41 Denéide 1645.

Les sables d’Eremos, rougis du sang des profanateurs, dérangés par l’ire de la guerre.

Presque une année déjà que les Cysgodoliens avaient mis pied à Mistera par le Nordet de l’Eremos. « La Guerre des Sables« , nommaient-ils cette invasion. L’ennemi désormais à leur porte, batailles et escarmouches brutales se profilaient dans les canyons amarantes. Vurlan consultait sa carte sur peau de bête une troisième fois, persuadé qu’il y avait un accroc dans le plan du cheik Al’Guri Nam.

Le port d’Arsino, allié indéfectible, avait été la première cité à tomber. sur les côtes à l’Ouest, Raba et Tepemkau, embarqués dans le conflit par le jeu des alliances, demeuraient en état de siège. Les légionnaires du Voile étaient toujours postés aux abords du mur Fernanoh, qui scellait le canyon du Gorgo et la cité de Naardha qui s’y trouvait au fond.

Vurlan fixait les pions représentant les détachements adverses. Leurs offensives s’éternisaient dans le désert, leurs lignes étaient certes bien fournies en trébuchets et en balistes, l’armement de bois et de fer ne résistait pas longtemps contre les talentueux ensorceleurs de Naardha… c’était un réel plaisir de voir l’ennemi en train de dissimuler leurs machines derrière les dunes, à la recherche d’ombres propices à des tirs plus heureux. Il n’en était rien, Vurlan l’avait juré devant le Grand Gorgo.

— Es-tu prêt à embrasser ta destinée et faire honneur aux tiens, Vurlan ? Alors, offre ton sang a la Bouche du Fléau, dicte ta promesse au Grand Gorgo, le Pétrifié de Naardha !

La dentition pointue du Moustachu était caressée par la langue percé d’une opale noire. Le symbole de son serment indéfectible. Il l’avait fait. Il avait juré qu’il combattrait l’envahisseur de toutes ses forces, corps et âme contre l’ennemi, fussent-ils plus d’une centaine à l’attaquer.

La stratégie proposée par le cheik était simple mais résolument peu réfléchie. L’ennemi ne connaît pas bien les labyrinthes tortueux de grès enflammé, il se perd dans le désert, la chaleur fracassant leurs armures grises et brûlant leurs étendards. Cependant, le cheik n’est pas soldat. C’est un politicien de renom, pour combien d’années passées au service de la défense de l’Eremos ? Quelques classes, pour obtenir son grade et enfin gagner sa place dans le gouvernement de Naardha.

— Seigneur, vous…

Vurlan feula avec férocité. Le caporal de l’Escouade Char’ohn s’éclipsa dans le bruissement du rideau de la tente. Le Seigneur de Guerre de Naardha n’avait pas besoin d’être dérangé. Surtout pas maintenant.

Le plan du cheik n’avait pas de sens, Vurlan pouvait argumenter, il avait la possibilité de prouver dix, vingt fois ce qu’il avançait. Toutefois, la plus haute autorité de Naardha s’était prononcée, il n’avait plus qu’à exécuter et ravaler sa dignité.

Il les avait longuement examinés, ces Légionnaires du Voile, durant les premiers affrontements. Bien que mis en déroute par leurs lanceurs de sorts, ils ne se laissent jamais impressionner. Ces soldats, tout droit sortis des forts de Cysgodol, ne connaissent ni l’art du camouflage, ni comment adapter l’équipement de combat avec efficacité. Ceux-ci n’abandonnent jamais, ils hurlent leur rage de vaincre et si les affrontements venaient à s’éterniser…

Vurlan cracha un soupir de déception. Cette nuit-là, encore de longues heures de patience sous le sable dans les airs et les étoiles dans les cieux, ils se devaient de surveiller un campement de la Légion, en faction dans le Cirque de Karraoc.

L’ennemi enverra un messager à Karraoc pour organiser les offensives du mois prochain, à Sul’Ead. Cela se produira à la Lune Occultée.

Le Seigneur de Guerre bourra le parchemin dans son étui minuscule. D’un sifflement percutant, très infime, le caporal de tantôt se présenta devant son supérieur. Il inclina le visage respectueusement, sans faire mention de leur entrevue précédente.

— Je vous écoute, Caporal.

— Un archer isolé a fait parvenir un message, Seigneur. Voici.

Le Longues-Dents à la chevelure de feu déposa un rouleau de parchemin brun, frappé d’un sigle de la Légion du Voile. La trace de l’ennemi. Sans poser une griffe sur l’objet en question, Vurlan était mu par une détermination fantasque.

— Un archer isolé ? De quel côté a-t-il tiré ? Répondez.

— Les légionnaires au poste de guet ne peuvent pas percevoir avec exactitude l’origine du tir. Certains ont cru entendre un éclat de poudre noire mais…

— Suffit. Rompez.

Le Caporal de Char’ohn regagna sa tente, apparemment déçu de ne pas participer aux réflexions de son maître. Non sans psalmodier à mi-voix une prière d’Eremos, Vurlan consulta le message de l’ennemi.

Il chevauchait son griffelin, brisant le manteau silencieux de la nuit. Le Seigneur de Guerre de Naardha avait laissé son propre campement derrière-lui, cinglant sa monture à grand vol vers le plateau de Muranda. À la faveur d’un sombre nuage d’orage, Vurlan fit des cercles de reconnaissance, il avait reconnu le signal du Voile accroché à une excroissance rocheuse, dans la dénivellation du plateau.

Très calmement, il tâcha de faire le vide dans son esprit. Ne penser qu’à ce qui allait arriver. Rien d’autre, pas d’émotions corrosives, pas de sentiments distrayants. L’Anneau Ezerti Ruya brilla d’un éclat verdâtre, l’émeraude noir enchâssé dans les deux tresses métalliques s’animait.

L’enchantement guidait le regard de Vurlan, il traversait l’ombre, déchirait la nuit. Alors, le guerrier Moustachu découvrait enfin ceux qui l’attendaient. Douze de ses camarades étaient solidement enchaînés, maintenus à genoux, en rond tout autour d’un roc torsadé. Un bâillon gorgé d’huile de roche dans la bouche, ils avaient été privés de leurs armes, de leurs armures. Leur ravisseur attendait à quelques pas, droit et fier dans son armure de plates et sa cape azur.

Plus de détails. Les flammes bleues, irisées d’orange voletaient pour lui indiquer ce qu’il ne pouvait voir. C’était un Gros-Bec de bonne taille, plusieurs galons étaient gravés sur la miniature du blason dans son harnois de fer. Un blason aux trois bandes, une blanc cassé, une or et une couleur prune. Il ne portait pas de heaume pour couvrir son visage. Un bec ciselé, une barbe bien entretenue, une coupe courte de plumes d’un brun très prononcé.

Cela suffisait. D’un souffle sur la pierre enchancelée, Vurlan rompit le sortilège. Il fit cingler son sabre à lasso, prêt pour le combat.

_____

Le Général de la Légion arma son mousquet à verrou, prêt à cribler sa cible de munitions, pour l’envoyer s’écraser dans le sable et les gravillons. Un griffelin venait de tomber de la couche de brumes, son chevaucheur avait la face maquillée d’une folie furieuse. Une rage impétueuse. Le Gros-Bec n’osa sourire, il se contenta de se satisfaire intérieurement, le message avait eu son petit effet.

— PRÉPARE TOI À MOURIR, PROFANATEUR ! hurla Vurlan.

_____

L’arme infernale exhala un éclair de feu, le griffelin prit la détonation en plein dans l’épaule. Un cri déchirant. Le Seigneur de Guerre de Naardha effectua un bond en avant, prenant appui sur la selle, il prit un élan fulgurant, la chute de sa pauvre cavale aidant ; le sabre tournoyait, Vurlan décocha des coups de bottes, des coups de taille, le fusil bricolé de l’ennemi tombait en lambeaux.

Oui, ce Général de Cysgodol savait plutôt bien viser. Cela ne faisait aucun doute. Maintenant, il était cloué à terre, bloqué par sa lourde armure. Vurlan profita de ce répit pitoyable pour aller abréger les souffrances de son griffelin, dont les lamentations ne faisaient que s’accentuer, tant la douleur pulvérisait le moindre des muscles de son aile gauche.

Vurlan était effaré.

Un monstrueux Gros-Yeux en armure de chitine et d’os de dragon avait soulevé le cadavre agonisant de sa monture, il le tenait par-dessus son crâne luisant et se bardait d’un rictus carnassier. Trop tard pour esquiver correctement. Le Guerrier abattit son arme inattendue devant lui, obligeant Vurlan à prendre beaucoup de recul. Craquements d’os, chairs éclatées, le sang explosait, soldats éclaboussés.

Il lui fallait juste un instant de plus. Une seconde pour jauger cet adversaire supplémentaire. Vurlan dévida le lasso, fit quelques moulinets, puis projeta le sabre sur le gros guerrier. Pas d’esquive. Le fer avait bien touché sa cible, planté fermement dans un interstice du harnois draconique.

Alors, Vurlan tira à deux mains sur le câble. Le Guerrier se laissait traîner, une main couverte de bandelettes sur sa blessure. Il avait dégainé une énorme hache de guerre à la tête d’un vert profond et c’était mis en posture de garde, pour protéger son compagnon d’armes.

— C’est tout ce que t’as pour moi, petit matou ? Jette un œil à ça ! grognait le guerrier blessé.

La hache voltigea. Vurlan fit un pas chassé, la tranche émeraude manqua de lui enlever une oreille. Sur le coup de la surprise, il avait lâché le câble. Erreur fatale.

Une chose qu’il était loin de soupçonner. Trop d’heures dépensées à observer l’ennemi, pas suffisamment pour remarquer ce guerrier fou dans leurs rangs. Il avait bondi, soulevant tout son corps lourdement chargé, sur trois pieds de hauteur… une hache improbable dans les mains et le corps blindé d’une armure venue du fond des âges…

Vurlan dégaina deux poignards de son dos. Trop tard. Un coup de poing descendant déséquilibra le Moustachu, le poids comprimant son plastron de cuivre dans la cage thoracique, explosion charnelle. La hache cingla, le Guerrier ria, profonde estafilade dans le visage de l’adversaire. Liane de sang. La chute, le bruit brinquebalant du métal contre la roche, la poussière soulevée, les cris retenus.

C’était terminé. Vurlan était vaincu.

— Les canidons vont pisser sur ton cadavre. Peut-être que ça guérira tes vilaines coupures.

Crachas de sang. Vurlan essayait de se relever. Impossible. Côtes et os brisés. La chair se découpait plus au moindre mouvement. Les larmes et la sueur piquaient dans ses contusions. Machinalement, il posa les yeux sur le poignet, l’anneau, le symbole de son serment. Il ne pouvait plus l’honorer désormais.

— Jolie bague.

Reprenant peu à peu ses esprits, alerté par la voix rocailleuse de son camarade, le Général s’était mis debout. Il eût un moment de déception, l’arme qu’il avait lui-même conçue n’était plus qu’un souvenir de guerre.

— Non… lâche ça, envahisseur ! Ne pose pas tes… !

Le Gros-Bec aux yeux perçants vit la hache à double-tête s’abattre vers le sol. Il accourut pour l’arrêter. Pas assez rapidement, Vurlan vociférait, la main tranchée en deux, la bague fendue par le coup de hache.

— Bien moins beau à regarder, ton petit bijou, maintenant hein ? Hahaha ! se gaussait le Guerrier en piétinant Vurlan, lui permettant finalement de céder. Il était mort en soldat vengeur. L’échec, le serment brisé, en dernier instant de vie.

Pleinement contenté par ce duel haletant, le guerrier Gros-Yeux donna un petit coup amical sur l’épaule de son compagnon d’armes. Le Général demeurait interdit. Il ramassa les deux fragments parfaitement sectionnés de l’Anneau. Il essuya les gouttelettes noires, horrifié à la lecture des runes misteranes gravées dans le métal. Un soupçon d’Arcana y subsistait encore, il le sentait dans le bout de ses doigts.

— Imbécile heureux ! gronda le Général, lançant un morceau de l’anneau dans l’œil volumineux du Guerrier.

— Quoi ?

— Tu viens de détruire l’un des Treize Anneaux de la Vision ! L’Arn Ruya ! Le légendaire Prieuré de Naardha !

— Les Treize quoi ? J’comprends rien, copain.

— Laisse tomber. Aide-moi à charrier les prisonniers. Pas un mot, tu en as assez fait pour cette nuit.

L’un continuait de fumer de colère, très remonté contre la bêtise barbare de son ami de toujours. L’autre se disait que, après tout, c’était pas si mal. Ils avaient chacun un morceau de l’anneau, le partage avait été plutôt bien fait. Alors pourquoi faire tant de manières ?

L’un comme l’autre s’était paré d’un fragment de l’anneau, pour se souvenir de cette erreur monumentale ou bien d’un duel mémorable…

Les sables d’Eremos gardaient donc leurs secrets, dans le lien entre la terre et les cieux, la poussière était rougie par le sang des soldats, dévorés par l’ire de la guerre.

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CONTES

Imbécile Heureux !

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Concernant les Aquatiques

Concernant les Aquatiques

par Zella, fille de Redekh

“Si l’on dit que l’Histoire s’écrit par ceux ayant du sang sur les mains, il semblerait que la Zoothropologie soit rédigée par ceux ayant de la terre sous les pieds!

     C’est par ces mots aussi drôles que dénonciateurs que mon amie historienne Cine m’avait fait part de ses réserves quand a la catégorisation des gens de sa qualité, les Aquatiques.

     Il est vrai que la majorité des études traitants des anhumains et de la classification qui en est ressortie sont l’ouvrage d’esprits… Terre-à-terre, sans mauvais jeu de mot [N.D.E: Si].
     Comme vu précédemment, malgré la relative réclusion des Gros-Yeux, ceux-ci se mêlent assez au autres races pour être suffisamment étudiés et compris par les académiciens. Ce n’est pas le cas pour leurs « cousins » les Aquatiques, dont le mode de vie particulier et contraignant les a longtemps tenus à l’écart de la société des anhumains terrestres.

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     Vivant en communauté au sein d’archipels, le long des côtes isolées ou même au fond des eaux, le fait est qu’ils ont très longtemps été dédaignés par les chercheurs en Zoothropologie. C’est donc sous cette désignation aussi imprécise qu’hétéroclite d’Aquatiques qu’on été rassemblés tout anhumains se mouvant bien mieux dans l’eau que sur terre ferme.

     Cependant, il suffit de se rendre dans une de leurs colonies aquatiques pour se rendre compte qu’il n’existe littéralement aucun autre point commun entre tout ces individus de toutes formes et de tout « poil », ou bien plus souvent d’écaille.

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Deux Aquatiques que j’ai eu la chance de croquer après leur avoir dit que nous les considérions de la même race.

     Chose très intrigante, la classification des « terrestres » y est la bas complètement ignorée, au profit d’une autre bien plus précise pour ce qui les concerne; je vous fait donc part de mes découvertes.

     Certains se font appeler les Corps-Mous [fig.1], des anhumains particulièrement souples et aux nombreux appendices (entre huit et dix), ils sont aussi remarquablement intelligents, occupants souvent de hautes positions dans leurs colonies.

     Ensuite, les nommés Brèches-Houles [fig.2] se différencient des autres « Aquatiques » par le fait qu’ils sont incapables respirer sous l’eau, les obligeants à adopter un mode de vie hybride. On les voit de plus en plus souvent dans le rôle d’émissaires à la surface.
(Certains ressemblent beaucoup à des Longs-Corps, mais bien mieux adaptés à la vie marine. Peut-être en sont-ils des lointains cousins, plutôt que les Gros-Yeux?)

     Les Coquillards [fig.3] sont de toutes formes et de toutes tailles, mais se caractérisent par un exosquelette (carapace, coquille…) les recouvrant entièrement. Piètres nageurs, ils se contente d’écumer les fonds ou de vivre sur les cotes.
(Je n’ai pas très bien compris ce qu’il en retournait, mais il paraîtrait que leurs ancêtre auraient fui depuis des territoires inconnues à l’Ouest. A vérifier avec Cine!)

     Enfin, les Joues-Fendues [fig.4] peuvent respirer sous l’eau grâce a leur branchies. Ils sont très mal dégourdis sur terre, ayant des nageoires très fines en guises de pieds supportant très mal leur poids. De plus, ils ne peuvent rester très longtemps à l’air libre, sous peine de se dessécher et de suffoquer.

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     Note Additionnelle : Il est intéressant de noter que dans leur classification, tout les anhumains terrestres sont tous rassemblés sous le nom de Foules-Terre. En revanche, les Gros-Yeux, en plus de quelques Longues-Dents et Longs-Corps affectionnant l’eau, sont nommés les Baignes-Boue. On remarque dans les deux cas que la classification de l’Anhumanité est peut être bien plus ethnocentrique que réellement scientifique…

     Je compte bien plaider la cause d’une redéfinition de la classification Zoothropologie archaïque par ces nouvelles découvertes et ce présent livre, foi de Zella!

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Main-Basse sur l’Enclume

Enclume2048

3 Hirosine 1636.

Le festival de l’Enclume de la Paix avait commencé à Iloataïn, ville septentrionale de l’île de Kholibr, le Royaume des Forêts. Il tenait bon depuis trois jours déjà, malgré les assauts répétés des bourrasques glacées de ce début d’Hirosine.

Mais malgré cela, la place de la ville baignait dans une chaleur des plus agréables. En effet, tout les deux ans, forgerons, orfèvres et autres artisans du métal venaient de tout le royaume pour exposer leur art et démontrer leur talent en ville. Le temps d’une semaine, leurs forges irradiaient de feux aveuglants les rues et ruelles.

Par-dessus le son des cloches, coups de marteaux et flamboiement des brasiers, les vieux conteurs narraient à qui voulait l’entendre un fameux mythe Kholibren. Il expliquait pourquoi Hiro, le Divin de la Montagne, est célébré comme le Dieu des forgerons dans le royaume.

Les légendes racontent qu’en des temps plus obscurs, le Divin des Cimes traversa la mer pour visiter l’Île aux Forêts qui se trouvait alors envahie par des monstres féroces. Or, malgré les pertes et le chagrin, les tribus indigènes ne pouvaient se résoudre à leur ôter la vie.

Hiro, miséricordieux, leur montra comment extraire le minerai des montagnes et comment dompter le métal, fondant ainsi la première forge de l’Île aux Forêts. Le divin leur donna pour seule consigne de se protéger des choses qui voudraient leur faire du mal.

En vérité, il avait un autre but en tête. Il voulait montrer à ses violents frères divins que, même doté de ce savoir, ces pacifiques anhumains ne forgeraient pas épées, haches et masses pour verser le sang.

En effet, le conflit incessant entre Rion et Bethel avait perverti les anhumains du continent de Cysgod, provoquant depuis toujours des guerres fratricides. Hiro savait que les habitants de l’Île aux Forêts n’avaient jamais eu à subir l’ire des deux terribles frères, et qu’aucune pensée noire n’avait touché leurs esprits pacifiques.

Et il avait deviné juste. les anhumains de l’Île aux Forêts sortirent de son atelier divin des masques de fer grimaçants, des cloches et des carillons qui firent fuir les horribles créatures sans jamais qu’un seul coup ne soit donné. Se garder de la mort plutôt que de la semer.

Satisfait, Hiro bénit l’enclume de la forge, afin de récompenser leur pacifisme, et que jamais elle ne subit l’outrage du temps.

Isterli connaissait déjà cette histoire par cœur, bien forcé de l’entendre en boucle ces derniers jours. Se faufilant parmi les badauds qui arboraient tout comme lui des masques de fer aux formes et aux tailles variées, le Gros-Bec regardait suspicieusement les environs, jaugeant discrètement les gardes se tenant à l’écart des festivités.

Contrairement aux apparences, un beau costume bleu saphir et son masque, Isterli n’avait que faire des réjouissances. Lui et d’autres fidèles du Culte d’Amgar avaient depuis trois jours les yeux rivés sur le trésor du festival, la fameuse relique d’Hiro, l’Enclume de la Paix.

Elle était là. Perchée sur un cairn millénaire entourée d’une estrade construite pour l’occasion. Une merveille d’acier adamantin, finement décorée d’ébènill. Le vainqueur du concours aura l’immense privilège de battre le fer sur elle. L’enclume en résonnera d’un carillon cristallin et l’objet jouira à jamais de la bénédiction du tout premier forgeron.

Mais ce n’était pas bruits métalliques que voulait entendre Isterli. Non. Lui voulait entendre l’enclume être mise en pièces. Les fidèles égarés des dogmes de Cysgod commettaient depuis trop longtemps l’erreur de vénérer des dieux lâches les ayant abandonnés. L’adoration de ces reliques était une hérésie, une obsolescence… Il convenait de débarrasser des esprits afin de faire place au culte du dieu nouveau. Amgar le Sauveur. Amgar le Second Soleil…

Un plan avait été mis en place, bien en amont du festival. Un tunnel reliant à une cache avait été creusé, permettant un accès pile sous l’estrade. Par une visite discrète la nuit dernière, des dalles du sols ainsi que des planches à l’arrière de la structure en bois avait été dégagées. Le tout restant parfaitement dissimulé par les tentures de l’estrade.

Le Gros-Bec étendit brièvement son cou filiforme afin de surplomber la foule ; il cherchait des yeux son “fournisseur”, dernier maillon avant de passer à l’action. Le matin même, chacun des cultistes impliqués lui avait fait un ultime rapport, afin de s’assurer que chacun était à sa place. La substance qu’il devait récupérer du fournisseur, il avait tout mis en œuvre afin de l’obtenir. Elle était la clé pour la réussite de son plan.

Isterli le repéra, assis à une table de banquet, vêtu comme convenu d’un costume semblable au sien, à la différence qu’il était rouge carmin. Des yeux noirs comme la nuit croisèrent les siens, avant de se reporter vers la foule des badauds qui se pressait devant l’estrade.

— Va t-il faire sombre? souffla t-il, une fois assis derrière son « fournisseur ».

— Comme en pleine nuit . » lui répondit une voix aiguë, un peu cassée et sifflante.

Isterli haussa un sourcil. La voix de son interlocuteur lui avait paru plus grave l’autre jour. Un objet lui tapotant la cuisse le sorti de ses pensées. C’était une fiole emplie d’une substance noire, épaisse et filandreuse, à mi-chemin entre le liquide et le gazeux. Ses doutes s’effacèrent à sa vue, il était si facile d’attraper froid en cette saison après tout.

Isterli eut à peine le temps de se relever que le fournisseur avait déjà disparu. Il jeta un rapide coup d’œil à l’horloge de la place ; il lui restait dix minutes. Il se mêla à la foule.

Huit minutes.
Le bandit hydrata son gosier noué d’un verre de vin. Tout s’accordait selon le plan. Les gardes ne seraient pas derrière l’estrade au moment où le détachement Gasbache soulèverait l’enclume. Le détachement Mouvlon était en position pour diriger la foule, ce qui bloquerait le passage de la garde. Le détachement Ratin était posté dans le tunnel. Le clocher sonnant le premier coup de midi donnerait le signal. Il n’aurait alors qu’a briser la fiole au pied de l’estrade, la fumée masquerait l’opération. Le plan avait été poli. Le plan était parfait.

Six minutes.
Isteli, fit mine de s’intéresser aux étals des artisans, s’approchant progressivement de l’estrade.

Quatre minutes.
Des perles de sueur coulaient de sous son masque. Se calmer, respirer. Ça ne pouvait que marcher.

Deux minutes.
Il faisait mine d’écouter le récit mille fois entendu du conteur. Sur l’estrade, la garde, en passe d’être relevée, quittait l’arrière de celle-ci.

Une minute.
Il se plaça devant l’estrade, le cœur battant la chamade.

DONG

Il s’était à peine écoulé trente secondes depuis le premier son de cloche qu’Isterli gisait au sol, étreint par une masse informe. L’ultime vision de de cette journée fut celle d’une silhouette massive envoyant valser ses frères cultistes par-dessus l’estrade. Bientôt la masse gluante lui recouvrit le visage, le plongeant dans le noir.

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Rapport de Mission de Bohor Revalin, lieutenant du Détachement Amethyste de la Légion du Voile, en partance d’Iloataïn, au Nord du territoire de Kholibr, le 3 Hirosine de l’an 1636.
L’opération “Marteau” s’est déroulée sans aucune anicroche.
Les informations rapportées par l’agent infiltré au nom de code “Mimic” se sont révélées être justes.
Le culte d’Amgar projetait bel et bien le vol de l’Enclume de la Paix, dans la suite de leurs activités de profanation d’artefacts sacrés par leur secte hérétique. C’est non sans une certaine fierté que mes hommes et moi-même avons accompli la mission qui nous a été confié sur votre initiative éclairée.
Concernant le déroulé des événements :
Le matin même de l’opération, Isio Vielen, conjurateur diplômé de l’Academie Militaire du Voile, est parvenu comme convenu à entraver et endosser l’identité de l’alchimiste Istien Zamin, ancien élève de l’Académie Militaire du Voile et jusqu’à présent fournisseur régulier de plusieurs organisations criminelles de la région.
De sa propre idée, Isio Vielen a remplacé la Fumerolle de Sombre-Sang, censée offrir aux voleurs un panache opaque de fumée qui aurait aisément masqué leur escapade, par une créature originaire de Vatni, la Sencreçue des Marais. Une fois libérée de son contenant, cette dernière a englué Isterli Osselin, cerveau de l’opération, l’entravant d’une toxine par voie cutanée, et rendant ainsi sa capture des plus aisées.
Dans la cohue qui s’ensuivit, mon bras-droit Rogah, fils de Redekh, mercenaire de la Légion, surgit du passage qui devait servir à l’extraction de l’Enclume. Il y avait défait avec succès le détachement des cultistes qui s’y trouvait alors quelques minutes auparavant.
Les membres restants, désorganisés, tentèrent de tirer l’épée pour affronter Rogah et les gardes qui parvenaient à la hauteur de l’estrade. Les malfaiteurs furent promptement mis hors de combat par l’effort conjoint de Rogah et d’Aclop Forgefière, archer ayant fait ses preuves au sein de Protecteurs. Ce dernier, posté au niveau du clocher, est parvenu à aligner une série de tirs non-létaux aux jambes des belligérants, nous laissant l’occasion de les interroger par la suite.
J’ai par la suite mené le Détachement d’Améthyste à la poursuite des “Amgariens” qui étaient parvenus à s’échapper en se mêlant à la foule. J’y avait au préalable disposé plusieurs de mes hommes en tenue civile pour contrer cette éventualité.

Le raid du quartier général provisoire du Culte d’Amgar à Iloataïn nous a permis de trouver des éléments (lettres, reçus, contrats…) qui pourraient nous mettre sur la piste d’autres branches criminelles de Kholibr.
Je vous tiendrai informé du déroulé de toutes autres interventions relatives aux occurrences d’attaques de convois ou de vols de reliques dans votre prestigieuse contrée.

Veuillez recevoir votre Majesté Wald, l’expression de ma très humble et très respectueuse considération,

Bohor Revalin

CONTES

Main-Basse sur l’Enclume

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Anhumains, UNIVERS

Concernant les Gros-Yeux

Concernant les Gros-Yeux

par Zella, fille de Redekh

Ra5_grosyeux_yeux.png Les Gros-Yeux n’ont pas une immense variété de morphologies comparé à d’autres races, mais se partagent quelques points communs:  leurs yeux sont généralement globuleux (d’où leur patronyme), leurs doigts sont souvent longs, parfois palmés, et bien qu’ordinairement glabres, certains peuvent se pousser des barbes et cheveux aux poils rares et très drus.

Ra5_grosyeux_main.png    Amphibies tout comme les Aquatiques, les Gros-Yeux se sont pourtant mieux adaptés à la vie terrestre, se tenant hydratés grâce à un mucus se formant naturellement sur leur peau (qui ne manque jamais de dégoûter les ignorants lors de la première poignée de main).

Ra5_grosyeux_gros.png    Enfin, particularité amusante et unique chez eux: si les Gros-Yeux sont d’une taille modeste, ils ne cessent de grossir en vieillissant. Il est donc très commun de voir des vieillards ventripotents.

     Même si les exactions brutales des Dendrobas sont désormais millénaires, les Gros-Yeux souffrent encore de la triste réputation de leurs ancêtres.
     Des dictons populaires rapportent que les Gros-Yeux ne seraient certainement pas connus pour leur finesse d’esprit, et décrits comme étant des barbares illettrés et violents. Ces préjugés et ce racisme ambiant à leur égard ne font qu’accentuer la mise a l’écart des Gros-Yeux de la haute société, condamnés à rester dans les miasmes du bas-peuple.

Vivant en majorité dans les marais et marécages, sujets aux maladies et infections, les Gros-Yeux n’en sont devenus que plus robustes et taillés pour vivre à la dure, et sont ainsi d’une ténacité à toute épreuve.
Ce sont des combattants valeureux et puissants, fort bien adaptés aux plus difficiles conditions, ce qui en fait d’excellents soldats que l’on retrouve dans les armées de front.

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Anhumains, UNIVERS

Concernant les Anhumains Amphibies

Concernant les Anhumains Amphibies

par Zella, fille de Redekh

     Si la plupart des Anhumains apprécient la terre ferme, ce n’est pas forcément le cas de tous; les Gros Yeux et les Aquatiques en particulier.
     Ces deux races se ressemblent sur de nombreux points  du fait de leur ascendance commune. Amphibies, ce sont des nageurs émérites, mais sont obligés de rester hydratés pour ne pas dessécher au soleil; traverser les zones arides est ainsi un véritable supplice pour eux.  

Ra4_amphibie.png

Gravure représentant un Aquatique (à gauche) et une Gros-Yeux (à droite)

     Aux prémices de l’histoire de Galliwin, Gros-Yeux et Aquatiques ne faisaient qu’un. Formant une puissante civilisation, les Dendrobas, on les disait avoir été façonnés dans la boue marine par le divin Bételh, le Roi de la Mer.
     Belliqueux et rusés, tout comme leur créateur, ils profitèrent de leur nombre pour attaquer leurs voisins, cherchant à étendre leur territoire. L
eur pugnacité favorisa l’unification des autres races dans le but de contrer leurs assauts répétés. 

     Certains furent repoussés dans les zones inhospitalières, telles que les marais et tourbières. Dans ces conditions difficiles, leur population chuta drastiquement et évoluèrent pour devenir les Gros-Yeux.
     D’autres, plus adaptés à la vie maritime, s’installèrent loin de tous dans les côtes maritimes ou au fond des lacs. Leur mode de vie au fil de l’eau fit d’eux ce que l’on nomme les Aquatiques (un terme bien trop large et désuet à mon opinion, voir plus loin dans le livre pour plus d’informations)

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Anhumains, UNIVERS

Concernant les Petits-Becs

Concernant les Petits-Becs

par Zella, fille de Redekh

     Cousins éloignés des Gros-Becs, les Petits-Becs se différencient sur quelques points cruciaux. Leurs mets de choix, par exemple, sont plus variés; ils aiment volontiers graines, fruits & légumes, qu’ils ont tendance à manger en quantité limité à plusieurs reprises au cours de la journée, étant vite rassasiés.

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     Dans les régions les plus froides de Cysgodol, certains d’entre eux compensent leur constitution maigrelette par une technique originale, celle de se gonfler les plumes, permettant de conserver la chaleur pour faire face aux gelées.

Ra3_petitsbecs_dents.png    Les Petits-Becs tiennent leur nom plus par opposition aux Gros-Becs que par leur morphologie réelle; certains d’entre eux possèdent un bec qui rendrait jaloux leurs cousins.      Contrairement à ces derniers, le bec des Petits-Becs ne possède pas de canines, mais des incisives et molaires, plus adapté à leur alimentation.

     Si les Petits-Becs sont en général plus frêles que les Gros-Becs. Il existe cependant de rares exceptions, certaines espèces de Petits-Becs pouvant rivaliser, si ce dépasser en taille leurs cousins.
De nature réservée, ils peuvent cependant devenir extrêmement bavards quand on les connait mieux.

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Anhumains, UNIVERS

Concernant les Gros-Becs

Concernant les Gros-Becs

par Zella, fille de Redekh

     La race des Gros-Becs se caractérise tout d’abord par leur régime alimentaire. Si, comme tout les anhumains, les Gros-Becs sont omnivores, ils semblent tout de même avoir une certaine préférence pour les mets à base de viande, trait qui semble avoir été tout droit hérité de leurs aïeux les Drynailées.

Ra2_grosbecs_tete.png    Leur bec, très proéminent, est souvent large et acéré, ce qui leur a valu leur nom; celui-ci est pourvu d’une dentition discrète et pointue. Leur vision est également excellente, certains d’entre eux ayant même la capacité de voir dans la nuit comme en plein jour, tout comme les Moustachus.

Ra2_grosbecs_main  Généralement d’importante stature, peu d’entre eux sont de petite taille. Leurs doigts sont pourvues de griffes bien plus longues que les Petits-Becs, tout comme leurs serres tenant lieu de pieds.

     Enfin, les Gros-Becs sont particulièrement fiers, dotés d’une grande intelligence qu’ils ont tendance à utiliser à de bon comme à mauvais escient. Éloquents et dotés d’une prestance naturelle. il n’est pas rare de trouver des Gros-Becs dans des postes à hautes responsabilités, du fait de leur nature assurée et décisionnaire.
     Il se forme ainsi de nombreux préjugés envers ceux de cette race, souvent accusés de népotisme ou d’être particulièrement individualistes.

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